Les colorants
1. Les colorants naturels:
La merveilleuse palette des couleurs a fait le renom des tapis
persans. À l'origine, tous les colorants étaient des substances naturelles
animales, végétales ou minérales. L'opération de teinture est très
délicate et fastidieuse. Le matériau à teindre est d'abord
déposé dans un bain concentré d'alun qui sert de mordant et dans lequel on le
laisse tremper. Les pigments les plus courants sont:
-
le rouge qui provient des racines de la garance qui pousse à l'état
sauvage dans une grande partie de la Perse, des insectes comme la cochenille ou
de certaines fleurs du désert;
- le jaune qui est obtenu de la gaude, de feuilles de vigne et de la peau des
grenades.
- les teintes très foncées, presque noires, étant obtenues
à partir des encroutements d'indigo sur la paroi des cuves où l'on avait mis
à fermenter la substance colorante.
- le brun qui se faisait à partir d'écales de noix ou d'écorce de chêne et de
pelures d'ognons.
- le vert qui était obtenu à partir d'un mélange de jaune et de bleu avec du
sulfate de cuivre.
Les couleurs naturelles de la laine fournissent le gris et les
marrons, que l'on obtenait également à partir du brou de noix.
Malgré que les trois couleurs fondamentales, rouge, bleu et
jaune existent séparément, il n'est pas possible d'obtenir toutes les
combinaisons de couleurs, parce que beaucoup de colorants naturels se mélangent
mal entre eux à cause des différences dans leurs matières de base.
La teinture à l'aide de colorants naturels dépend donc de
l'adresse et de la science des teinturiers mais le genre de mordant utilisé
ainsi que la composition de l'eau et sa dureté exercent également une
influence sur la teinture.
Les tapis
persans présentent souvent ce qui peut paraître, selon les points de vue, soit
comme un défaut, soit comme une qualité, mais qui constitue de toute façon
une particularité étrange : la teinte de certains motifs ou du fond varie
parfois d'un endroit à l'autre, et il peut même arriver qu'elle change
totalement. Cette modification de coloris, dite abrash, se
rencontre surtout dans les tapis de facture ancienne. La présence de l'abrash
apporte la preuve que le tapis a été teint manuellement. Il est en effet
difficile lorsqu'on teint artisanalement de retrouver la même couleur en deux
bains de teinture successifs.
|
Abrash

|
2. Les colorants
synthétiques:
Les teintures végétales sont d'un emploi très long et
délicat. On comprend donc que les teinturiers de nos temps modernes aient
cherché à utiliser des méthodes plus rapides, mieux adaptées aux besoins du
commerce.
Les premiers colorants synthétiques sont
apparus au milieu du 19e siècle. Ils furent découverts en Angleterre par William Henry Perkin. L'aniline,
extraite du goudron de houille (obtenu par la distillation destructive de
matières d'origine organique telles que le bois, la tourbe, le charbon) pour
teindre la laine. Les teintures à base d'aniline
furent très vite introduites en Turquie
et en Perse vers 1870. En dépit de leur grand succès dû à leur faible coût
et à leur brillance, ces teintures à base d'aniline sont très instables;
elles perdent leur brillance et s'abîment rapidement (le jaune virait au brun
verdâtre, le rouge au mauve, le bleu au gris brunâtre). Aujourd'hui les
colorants à base d'aniline ne sont plus employés pour la teinture de la laine.
Les colorants les plus fréquents pour la teinture de la laine
sont les teintures au chrome mises au point en Europe dans les
années 1920. Leurs propriétés sont excellentes: elles sont
plus stables que la plupart des colorants naturels, ne déteignent pas,
résistent bien à la lumière et ne rongent pas la laine. Leur usage s'est
généralisé dans tous les pays où l'on fabrique des tapis.